[DIGITAL Business Africa] -La patience du gouvernement tchadien semble avoir atteint ses limites. Confronté à la persistance des dysfonctionnements sur les réseaux mobiles, le ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation, Haliki Choua Mahamat, a convoqué ce 4 juin 2026 les responsables d’Airtel Tchad et de Moov Africa Tchad pour leur demander des comptes.

Depuis plusieurs mois, les plaintes des abonnés se multiplient. Appels interrompus ou inaudibles, lignes injoignables, connexion internet lente ou indisponible : les consommateurs dénoncent une dégradation continue de la qualité des services. Une situation jugée préoccupante par les autorités, qui estiment qu’elle freine non seulement les activités économiques, mais également les ambitions numériques du pays.

Face aux critiques, les deux opérateurs ont une nouvelle fois invoqué les difficultés liées à l’approvisionnement en carburant et à son coût élevé. Selon eux, ces contraintes affectent le fonctionnement des sites de transmission et, par conséquent, la qualité du réseau. Une explication qui n’a pas convaincu le ministre.

Haliki Choua Mahamat a rappelé que les opérateurs communiquent régulièrement sur les investissements réalisés pour moderniser leurs infrastructures, mais que ces efforts restent peu perceptibles pour les usagers. Pour lui, le problème énergétique ne peut plus servir d’argument récurrent alors que les consommateurs continuent de subir les mêmes désagréments.

Le membre du gouvernement a également souligné que les entreprises de télécommunications ont la responsabilité d’anticiper ces contraintes et de développer des solutions alternatives pour garantir la continuité de leurs services. « Le problème du carburant n’est pas celui de l’État. C’est à vous de trouver le carburant nécessaire pour faire fonctionner vos installations », a-t-il déclaré devant les responsables des deux sociétés.

Au-delà du constat, le gouvernement entend désormais passer à l’action. Selon les informations communiquées à l’issue de la rencontre, le maintien des dirigeants locaux des deux opérateurs pourrait être remis en question si des améliorations significatives ne sont pas observées dans les prochains mois. Une correspondance a déjà été adressée aux directions générales des groupes Airtel et Moov Africa afin que leurs principaux responsables se rendent à N’Djamena pour examiner la situation et proposer des solutions concrètes.

Le ministre a par ailleurs insisté sur la nécessité de renforcer le partage des infrastructures entre les opérateurs. Il a appelé Airtel Tchad et Moov Africa Tchad à dépasser leurs divergences afin d’optimiser l’exploitation des équipements existants et d’améliorer la couverture du territoire.

Cette exigence s’appuie notamment sur les investissements réalisés par l’État dans les infrastructures numériques. Les autorités rappellent avoir mobilisé d’importantes ressources pour le déploiement de la fibre optique ainsi que pour l’installation de près de 200 nouveaux sites de transmission à travers le pays. Des infrastructures que les opérateurs sont invités à utiliser davantage pour améliorer la qualité de leurs services.

À travers cette sortie musclée, le gouvernement tchadien envoie un signal clair aux acteurs du secteur. Les télécommunications ne sont plus considérées comme une simple activité commerciale. Cependant, comme un service stratégique au cœur du développement économique, de l’inclusion numérique et de la sécurité nationale.

« Si vous regardez du côté du chiffre d’affaires, nous regardons le bien-être de nos concitoyens et la sécurité du pays », a martelé Haliki Choua Mahamat. Un avertissement qui traduit la volonté des autorités de ne plus tolérer les contre-performances répétées des opérateurs dans un secteur devenu essentiel à la vie quotidienne des Tchadiens.

Par Loic SOUOP

Source : MTENDA – TCHAD