[DIGITAL Business Africa] – La 7e édition de la conférence Mboa Tech, organisée à Douala du 10 au 11 juin 2026 , a mis l’accent sur la souveraineté numérique, appelant à développer des infrastructures et des solutions locales pour contrer la dépendance technologique africaine. Des initiatives concrètes, telles que le navigateur « Pyramid Browser » , ont été présentées pour promouvoir l’autonomie des données camerounaises et africaines. 

La dépendance technologique de l’Afrique vis-à-vis des géants mondiaux du Web demeure un sujet de préoccupation majeure. Lors de la 7e édition de la Mboa Tech Conférence à Douala, les différents intervenants ont réaffirmé la nécessité de reprendre le contrôle des outils numériques.

« La souveraineté numérique est un sujet d’ordre national. On consomme beaucoup de contenus numériques provenant de l’extérieur. Il est important et capital pour nous de produire et de réaliser des produits qui sont sous le contrôle même du Cameroun et de l’Afrique », a martelé  Olivier Djaba, expert financier et consultant, lors de son intervention  mardi 10 juin 2026.

Devant un public composé d’acteurs chevronnés du digital et de jeunes étudiants avides de connaissances, l’expert, en s’appropriant le thème de cette édition : « Smart cities : Cap sur le numérique », a insisté sur un point crucial : « cette problématique ne doit plus être secondaire ». Elle doit désormais se « positionner au cœur de la politique nationale de développement ».

Des solutions  locales

Face à ce constat, les acteurs locaux sont déterminés et passent à l’action. Pour Christian Essame, co-fondateur de Kmr Startup Hub et promoteur de la Mboa Tech Conférence, le constat est sans appel : « Il est temps que les créateurs africains, en général, et camerounais, en particulier, s’approprient l’espace numérique et imposent leur vision ».

Pour joindre le geste à la parole, Christian Essame a profité de cette tribune pour présenter une innovation majeure : « Pyramid Browser ». Ce nouveau navigateur permet aux internautes camerounais de naviguer sur le Web en toute sécurité. La véritable révolution de ce projet réside dans sa structure. « Les données de ce projet sont hébergées dans les centres de données camerounais », a fièrement précisé le promoteur. Une avancée concrète qui prouve que l’alternative locale est techniquement viable.

Le défi majeur des infrastructures

Le chemin reste cependant long. Actuellement, la contribution de l’Afrique à la production mondiale de contenus numériques demeure marginale. Les rapports sur la souveraineté numérique, notamment ceux de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et des Nations unies, révèlent que le continent génère ou stocke entre 1 % et 3 % des données mondiales.

Cette faiblesse structurelle s’explique par un déficit criant en infrastructures de stockage sur le continent africain. Le continent se voit contraint d’importer massivement de la bande passante. Il dépend presque entièrement de centres de données (Data Centers) situés à l’étranger, ce qui présente des risques majeurs pour la sécurité et la confidentialité.

Consommer et produire local

Alain Ekambi, co-fondateur et CEO de Dikalo Sarl, a également partagé cette vision : « L’Afrique, de façon générale, consomme encore 99 % de ce qui vient de l’extérieur. Le but des initiatives comme Mboa Tech, c’est de mettre en avant les structures, mais aussi les solutions locales qui prônent la promotion et le développement des solutions faites par nous-mêmes ».

Sa propre plateforme, Dikalo, incarne parfaitement ce changement de paradigme. Ce réseau social permet aux utilisateurs d’interagir et d’échanger des messages partout dans le monde, sans avoir à partager leurs données personnelles. En protégeant la vie privée et en valorisant l’expertise locale, la Mboa Tech Conférence 2026 a démontré que le Cameroun possède les talents nécessaires pour bâtir les villes intelligentes de demain, à condition de soutenir massivement son écosystème Tech.

G.D.