[DIGITAL Business Africa] – Dans son allocution de présentation des vœux 2026 à la ministre des Postes et Télécommunications, le Secrétaire général du MINPOSTEL, Mohamadou Saoudi, a dressé un état des lieux détaillé de l’action du département ministériel et de l’écosystème du numérique au Cameroun en 2025. Infrastructures, gouvernance sectorielle, cybersécurité, connectivité, innovation, régulation et indicateurs de performance : le discours offre un panorama rare et chiffré de l’avancement réel de la transformation numérique du pays, tout en pointant les défis à relever pour accélérer la cadence en 2026.
Un contexte 2025 sous contraintes, mais une dynamique maintenue
Dans son discours dense et structurée prononcé le 19 février à l’esplanade du MINPOSTEL , Mohamadou Saoudi précise de prime abord que l’année 2025 s’est déroulée dans un environnement international marqué par des pressions inflationnistes, une reprise économique difficile et des tensions géopolitiques persistantes, avec, au plan national, la poursuite de la SND30, la gestion des défis sécuritaires dans l’Extrême-Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, et l’accélération de la transformation numérique de l’État et du secteur postal dans un cyberespace sécurisé.
Malgré ce contexte contraint, le MINPOSTEL « a maintenu son rôle de catalyseur essentiel de la croissance et du développement du pays », selon le Secrétaire général, traduisant une continuité de l’action publique sur les chantiers numériques structurants.

Infrastructures et connectivité : fibre, capacités internationales et qualité de service
Sur le front des infrastructures, 2025 a été marquée par des avancées significatives portées par CAMTEL et l’ART. Côté opérateur public, la réparation de segments de fibre endommagés, l’extension des capacités du backbone et des boucles métropolitaines de Yaoundé et Douala, la montée en capacité du câble sous-marin NCSCS de 100 Gbps à 300 Gbps avec une étude vers 2,4 Tbps, ainsi que la préparation du raccordement au câble MEDUSA, ont renforcé la résilience et la capacité du réseau national. À cela s’ajoutent la décongestion de 51 sites dans le cadre du projet Mobile Network Expansion et l’accord pour 250 nouveaux sites, l’optimisation satellitaire via AVANTI, le projet Blue Money, et des travaux d’études pour un backbone fibre le long du corridor ferroviaire Douala-Yaoundé-Ngaoundéré.
Côté régulation, l’ART a intensifié le contrôle de la qualité de service, conduit des audits du réseau national de fibre optique, préparé l’introduction de la 5G, élaboré le cahier de charges pour Starlink Cameroun, mené des concertations avec MTN et Orange, et prononcé 13 sanctions pécuniaires pour manquements. La coordination internationale des fréquences, la lutte contre les brouillages affectant parfois la navigation aérienne, ainsi que la validation de conventions d’interconnexion et de catalogues de partage d’infrastructures, ont complété ce dispositif de supervision.
Écosystème numérique et innovation : startups, données et jeunesse
Le développement de l’écosystème numérique national a été soutenu par des événements structurants et des outils de pilotage. La Semaine de l’innovation numérique 2025, placée sous le thème de la mobilisation de l’intelligence artificielle pour une transformation numérique ambitieuse, les Concertations nationales sur l’IA, le Forum des jeunes sur la gouvernance de l’Internet, ainsi que le concours national du meilleur projet TIC, ont contribué à animer l’écosystème et à valoriser l’innovation locale. Une base de données cartographique des startups numériques a été élaborée, tandis que des investissements ont porté sur la collecte et le traitement des données météorologiques, utiles à l’agriculture et à la gestion des risques climatiques.
PATNUC : politiques publiques, inclusion et plateformes de contrôle
Le Projet d’Accélération de la Transformation Numérique du Cameroun a constitué l’ossature de l’action publique en 2025. Sur le plan des politiques et cadres réglementaires, le Plan Cameroun numérique 2025-2030 a été élaboré, une stratégie de service universel définie, des équipements critiques de cybersécurité acquis au profit de l’ANTIC, et des plateformes de contrôle de la qualité de service installées pour l’ART. Les composantes connectivité et inclusion numérique ont progressé, tout comme les volets solutions axées sur les données pour l’agriculture et la gouvernance de projet, avec un pilotage renforcé des instances de coordination.
Cybersécurité et confiance numérique : équipements, culture et protection des usagers
La sécurisation de l’écosystème numérique a connu un renforcement notable en 2025. Les Journées nationales de cybersécurité, des campagnes de sensibilisation à l’usage responsable des réseaux sociaux, la mise en place d’un laboratoire de cybersécurité à l’Université de Maroua, une plateforme de management de la sécurité des systèmes d’information, un mini centre de veille sécuritaire au MINPOSTEL, ainsi que la révision de la politique nationale de sécurité des réseaux et systèmes d’information, ont consolidé l’architecture nationale de cybersécurité. L’ANTIC a renforcé la sécurité du domaine .cm via le DNSSEC, mené des audits de sécurité dans 66 structures, émis des alertes et bulletins, soutenu des collectivités territoriales décentralisées dans la mise en place de leurs systèmes d’information, et intensifié la lutte contre la cybercriminalité.
Gouvernance sectorielle et capacités humaines
Sur le plan institutionnel, le programme d’appui à la gouvernance interne du MINPOSTEL a permis d’améliorer le cadre de travail et la coordination administrative. SUP’PTIC a poursuivi l’alignement de l’offre de formation aux exigences du numérique, la rénovation d’infrastructures de recherche et le renforcement des capacités des enseignants, contribuant à la formation des compétences nécessaires à l’économie numérique. Au plan international, la participation du Cameroun aux grandes rencontres du secteur, ainsi que l’organisation de l’Africa Digital Expo à Douala, ont renforcé la visibilité du pays et l’alignement sur les standards globaux.
Poste et services numériques : modernisation et e-commerce
Le volet postal, souvent sous-estimé dans la transformation numérique, a connu des avancées concrètes : réhabilitation de bureaux de poste, dotations en équipements IT et énergie solaire, outils de suivi des envois, audit pour la mise en place d’un hub e-commerce sous-régional, restructuration du marché postal, régularisation d’opérateurs et préparation de textes réglementaires. CAMPOST a engagé des chantiers structurants, dont l’upgrade de son data center et l’acquisition d’un core banking system, éléments clés pour la digitalisation des services financiers postaux.
Indicateurs 2025 : des progrès mesurables, mais des marges à combler
Les indicateurs présentés par le Secrétaire général témoignent d’avancées mesurables : la proportion des points de contacts postaux connectés à Internet atteint 84 pour cent, l’Indice de Développement des TIC progresse à 3,5, le taux de réalisation des activités budgétisées du ministère est de 100 pour cent, et l’Indice national de cybersécurité s’établit à 0,48, proche de la cible.
L’exécution budgétaire atteint 90 pour cent pour les dépenses courantes et 93 pour cent pour l’investissement, signal d’une capacité d’absorption en amélioration. Pour autant, des retards et obstacles opérationnels subsistent, appelant à une meilleure coordination interinstitutionnelle et à une accélération de l’exécution des projets.
Un bilan 2025 qui prépare le cap 2026
Au total, 2025 aura été une année de consolidation pour le numérique au Cameroun, marquée par des investissements dans les infrastructures, un renforcement de la régulation, des avancées en cybersécurité et une animation soutenue de l’écosystème d’innovation. Le bilan dressé par le Secrétaire général du MINPOSTEL met en évidence une trajectoire positive, mais encore insuffisante au regard des ambitions de la SND30.
La feuille de route implicite pour 2026 est claire : accélérer l’inclusion numérique, améliorer la qualité de service des réseaux, renforcer la confiance numérique, déployer davantage de capacités internationales et locales, et transformer les progrès techniques en impacts tangibles pour les citoyens, les entreprises et l’administration publique.
Par Digital Business Africa